A l’entrée du site de l’Enceinte, le viaduc de la Chapelette réuni deux ponts, un pont routier et un ancien pont ferroviaire, ce dernier étant maintenant utilisé par la Via Fluvia. C’est sous cette structure que nous nous rendons pour une rencontre avec Lo Bragaire, un personnage dont le nom reste associé au lieu.

« Jadis, une cascade coulait en dessous de ces deux ponts. Aujourd’hui refermé, on l’appelle le trou de Lou Bragaïre. C’était un paysan qui, las de se faire inonder par la rivière, avait décidé de creuser un trou pour que l’eau puisse s’échapper. Il a réussi, mais malheureusement, est tombé malade une fois les travaux achevés et il en est mort… », raconte, un brin nostalgique Elodie Roche.
journal Le Progrès, 2011
Presqu’en face de la source est la jolie cascade dite Trou de Bragayre. Elle tire son nom du personnage nommé Bragayre qui vers 1846, seul et presque sans ressources voulut réunir par un canal traversant le rocher les deux branches du Lignon séparées par une coulée rocheuse de 60 à 70 mètres de largeur. Après quatre ans d’effort, il arrivait exactement au niveau supérieur de la rivière dont les eaux s’échappèrent en abondance du souterrain qui traversait l’isthme aujourd’hui longé par la route.
Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 5 mars 1905
Nous remontons quelques années avant même le creusement du trou, nous ouvrons l’état des sections du cadastre napoléonien de Grazac, établi en 1835, nous y trouvons un lieu dénommé Le Bragaire 1. Dans ce document, Le Bragaire désigne un ensemble foncier constitué d’une maison, d’un jardin et d’un pâturage ; c’est un modeste domaine agricole. C’est depuis ce lieu que sera creusé le trou dit de Bragaïre. Sa situation sur une rive du Lignon l’expose effectivement à des inondations, comme le rapporte le récit d’Elodie Roche.


Le recensement de Grazac de 1846 permet de confirmer que ce lieu est bien la résidence de notre personnage, il y apparait dans l’extension du lieu-dit La Baraque : « Jean-Pierre Granair, dit bragaire » 2 . On supposera que son nom d’état civil était Jean-Pierre Garnier et qu’il a lui-même revendiqué celui de Granair. On apprend qu’il est veuf, est âgé de 75 ans et partage une maison avec un ménage de 9 personnes, une famille Delolme.

Cette personne n’apparait plus dans le recensement de Grazac de 1851. Ce point corrobore le récit d’un décès peu de temps après les quatre années de travaux engagés en 1846. On indiquera cependant que ce décès n’est pas enregistré dans les actes d’état civil de la paroisse de Grazac.

Le surnom Lo Bragaire
Quelle aspect de sa personnalité valait à notre personnage son surnom Lo Bragaire ?
Le mot bragaire est typiquement une forme occitane. Le sens semble cependant difficile à préciser. Si on suit Le Trésor du Félibrige, de Frédéric Mistral, on retiendra celui de frimeur ou de vantard.
On est également tenté d’établir un rapprochement de bragaire avec bragard, dont la signification semble être « personne élégante et fière » et par extension « vantard » 3
- Le Dictionnaire historique de l’ancien langage françois , de 1756, indique « Braguer: faire l’élégant, fanfaronner; mener grand train ».
- Le dictionnaire étymologique du patois lyonnais, de N. De Puitspelu, en 1889, indique « Bragard: un homme bien mis, bien paré, sémillant »
- E Veÿ, dans le Dialecte de Saint-Etienne au 17° siècle, indique « Bragard: joyeux et brillant ; Bragardize: élégance ».
- Pour La Clà do Parlà Gaga au 19° siècle, à Saint-Etienne, « Bragâ: élégant, vaillant ».
On remarquera que le verbe anglais to brag a le sens de « se vanter » « fanfaronner, frimer »


Nous invitons le lecteur à consulter La folie mystérieuse du « Trou de Bragaïre », article publié par l’Eveil de la Haute-Loire, le 31 décembre 2018,
- https://www.archives43.fr/ark:47539/s005ac7be56a7309/5ac7be58526d7.fiche=arko_fiche_6141af2792120.moteur=arko_default_614351c6552d3 ↩︎
- https://www.archives43.fr/ark:47539/s0051b041e79d417/51b04231ef628.fiche=arko_fiche_6151da0169fa0.moteur=arko_default_615c3449307fa ↩︎
- https://fr.wiktionary.org/wiki/bragard ↩︎