« Il n’y a pas plus de Trifoulousains au paradis que de dattes à Fay-le-Froid et d’oranges à Lalouvesc »
– Armagna du Père Menfouté – Annonay – 1913 –
Dans l’Armagna du Père Menfouté de 1913, pour servir un récit inspiré du Curé de Cucugnan 1, Trifoulou devient une paroisse avec son église et son curé. En réalité, il n’y a pas plus d’église ou de curé à Trifoulou que de noix de coco à Araules ou d’ananas à Saint-Bonnet-le-Froid ; Trifoulou reste un lieu secondaire de Tence, avec quelques habitations installées à trois kilomètres au nord du chef-lieu de la commune.
La première attestation du lieu-dit Trifoulou apparaît sur la carte de Cassini, où il est mentionné sous la forme Trefoulon, il s’agit d’un document dont on situe l’édition en 1767 2. Dans les registres d’état civil de Tence, Trifoulou apparaît un peu plus tard comme une dépendance de La Brosse 3, d’abord dans l’acte de décès d’Etienne Palher 4 en 1786, puis en 1788 et 1812, pour son fils Jean 5.
Pendant quelques décennies, Trifoulou reste identifié à un nom plus ancien, celui de Cher, dépendant de La Brosse 6 . En 1820, le recensement considère encore Cher et Trifoulou comme un seul et même lieu 7. En revanche, celui de 1846 les distingue : Trifoulou, Le Cher et La Brosse sont désormais des lieux-dits séparés 8.
En 1975, le nouveau cadastre redéfinit le périmètre de Trifoulou sur un espace qui n’intègre plus sa position initiale, celle de l’ancienne maison Palher.

Trifoulou, le cours d’eau
Trifoulou est également le nom d’un cours d’eau qui parvient à Tence depuis Montregard et se jette dans le Lignon. Il était appelé Le Cher avant de devenir Le Trifoulou 9. Son nom n’est cependant pas totalement fixé, il est aussi connu comme ruisseau de Basset 10.
Trifoulou, la halte ferroviaire
Trifoulou est aussi une halte de l’ancien réseau CFD Vivarais, sur la ligne entre Dunières et Lamastre qui fonctionna de 1902 à 1968. Cette ligne bénéficie maintenant d’une exploitation touristique depuis Montfaucon jusqu’à Saint-Agrève, le Velay Express, https://velay-express.fr/


Aux origines de Trifoulou
Trifolon est formé comme le diminutif de trifòla, « pomme de terre », mais il s’agit en réalité d’un surnom. Il se trouve que nous pouvons identifier l’individu qui nous intéresse ici : c’est un acte judiciaire du 15 prairial de l’an IV, soit le 3 juin 1796, qui nous l’apprend.
Claude Pailhet dit Trifoulou, habitant au lieu dit de Trifoulou, susdite commune de Tence, …, est prévenu d’être complice des dits vols.
…Le 15 prairial an IV, on juge une série de faits qui remontent au 10 pluviôse an III : l’accusé, Claude Pailhet, est condamné à 24 années de fer et à l’exposition publique, pour avoir pris part aux crimes relatés …
La Révolution de 1789 dans le Velay, par Maxime Rioufol, 1904. 11.
Ce Claude Pailhet n’était autre le frère d’Etienne, que nous avons mentionné jusqu’ici comme premier habitant identifié de Trifoulou. Leur père, Mathieu Pailher, était originaire de Mazalibrant à Saint-Voy (commune du Mazet-Saint-Voy), leur mère Marie Defours, était originaire de Salettes, paroisse de Tence. Ce couple eut plusieurs résidences, toutes très proches du lieu qui deviendra Trifoulou : La Brosse, La Roche, Chambonnet 12.
Claude, leur deuxième fils, est probablement à l’origine du toponyme Trifoulou, lequel serait donc apparu entre 1760 13 et 1766 14 15. Les registres de Tence n’évoque aucun mariage ni aucun enfant pour Claude ; on peut alors supposer que sa résidence fût transmise à ses neveux survivants, Jean et Claude, fils d’Etienne. Ceux-ci sont effectivement nommés dans le cadastre napoléonien de Tence de 1832 en tant que propriétaires d’une maison double située au Cher 16. C’est ainsi que nous pouvons positionner l’emplacement d’origine du lieu Trifoulou.
Paure Trifolon
Extrait de Paure Trifolon, album La color de ton còr, Marc Noalha, 2007, disponible à Découvertes Occitanes.
Per acivar tos enfants, la toma e lo picaudon, doas trifòlas e de pan, t’apelavan Trifolon.
Pareis qu’aquò èra pas bon e per sonhar ta santat, los marchands de per lo monde vòlan chamjar ton minjar.
Paure Trifolon, de que serà fait ton pan, paure Trifolon, que minjaràn tos enfants ?
Pour nourrir tes enfants, la tomme et le picaudon, deux pommes-de-terre et du pain, on t’appelait Trifoulou. Il paraît que ce n’était pas bon et pour prendre soin de ta santé, les marchands du monde veulent changer ce que tu manges. Pauvre Trifoulou, de quoi sera fait ton pain ? Pauvre Trifoulou, que mangeront tes enfants ?
- Texte généralement attribué à Alphonse Daudet, mais celui-ci l’avait repris d’une version occitane rédigée par Roumanille, qui lui-même s’était basé sur un récit de Blanchot de Brenas, publié en 1858-1859 dans La France Littéraire, Artistique, Scientifique.
Texte originel du Curé de Cucugnan, juillet 1859
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6340086j/f1.item ↩︎ - On parle ici de la feuille 88 de la carte Cassini.
Pour l’écriture Trefoulon, il faut comprendre que ON représente une adaptation écrite, et que le doublet TRE/TRI est typiquement une variation dans la prononciation ↩︎ - L’acte de décès d’Etienne Palher indique « La Brosse » et « Thryphoulon les La Brosse » – Archives départementales de la Haute-Loire :
https://www.archives43.fr/ark:47539/s005371fcddb3fad/5371fd13da3bc.fiche=arko_fiche_61657c3582c6d.moteur=arko_default_616fd22b91d20 ↩︎ - L’écriture de ce nom de famille s’est stabilisée plus tard en Paillet, elle pouvait auparavant être Palher, Pailher, Pailhet, Paillet, Pailler. On garde dans cet article la diversité des formes utilisées. ↩︎
- Acte de mariage de Jean Palher et Marie Mourier, en 1788
https://www.archives43.fr/ark:47539/s005371fd45a4e4e/5371fd7aeb956.fiche=arko_fiche_61657c358cec6.moteur=arko_default_616fd22b91d20
Acte de décès de Jean Pailhet, en 1812
https://www.archives43.fr/ark:47539/s0051b032d4906d9/51b03c6cdd075.fiche=arko_fiche_61657be80cc60.moteur=arko_default_616fd22b91d20
Archives départementales de la Haute-Loire ↩︎ - En 1812, l’acte de décès de Jean, fils d’Etienne, mentionne « lieu de Cher ou Treifoulou »
https://www.archives43.fr/ark:47539/s0051b032d4906d9/51b03c6cdd075.fiche=arko_fiche_61657be80cc60.moteur=arko_default_616fd22b91d20 ↩︎ - « Cher ou Trifoulou »
Archives départementales de la Haute-Loire : https://www.archives43.fr/ark:47539/s0051b041ea664b6/51b042758a6cd.fiche=arko_fiche_6151da7e1928c.moteur=arko_default_615c3449307fa ↩︎ - Archives départementales de la Haute -Loire :
https://www.archives43.fr/ark:47539/s0051b041ea6744a/51b0427593c53.fiche=arko_fiche_6151da7e324cd.moteur=arko_default_615c3449307fa ↩︎ - La carte Cassini l’appelle encore Le Cher, mais celle du cadastre napoléonien de Tence l’appelle Trifoulou. ↩︎
- Par exemple sur Google Maps. Pour l’IGN, le ruisseau s’appelle Trifoulou, ou de Basset, suivant s’il s’agit de la carte classique ou de la carte topographique ↩︎
- La révolution de 1789 dans le Velay, de Maxime Rioufol, 1904, disponible sur Gallica :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t5399025t ↩︎ - Etienne est né en 1731 à La Brosse, Claude en 1739 à La Roche, Marie décède en 1767 à Chambonnet. ↩︎
- En 1760, année du mariage d’Etienne Palhier, Claude réside à Chambonnet, probablement au domicile de son père Mathieu, veuf depuis 1757. ↩︎
- Avant l’édition de la feuille 88 de la carte Cassini ↩︎
- Claude se serait installé le premier sur le lieu qui va être nommé Trifoulou, Etienne et ses enfants plus tardivement, peut-être en 1785 ↩︎
- Section A, parcelles 430 et 431.
https://www.archives43.fr/ark:47539/s0051b03e6d1b6d1/51b03e9407c4f.fiche=arko_fiche_6141ace9f3aa2.moteur=arko_default_6142efd3538df
Etat des sections
https://www.archives43.fr/ark:47539/s0051b03e6d1b6d1/51b03e9407c4f.fiche=arko_fiche_6141ace9f3aa2.moteur=arko_default_6142efd3538df ↩︎