Las Brujairetas

La carte du ministère de la construction de 1959 nous donne l’appellation La Brugeirette pour un lieu plus connu sous le nom Les Bruyerettes 1 . Ce lieu-dit semble s’être limité pendant longtemps à une très petite zone de la paroisse de Sainte-Sigolène, située non loin de La Bruyère, sur le territoire voisin de Saint-Pal-de-Mons. Cette désignation s’est ensuite étendue géographiquement et déborde maintenant sur la commune sanpaloune.
Les Bruyerettes pourraient avoir pour origine un dédoublement d’un habitat initialement établi à La Bruyère, les nouvelles habitations recevant alors une désignation dérivée, sous forme d’un diminutif, Les Bruyerettes.
Quant à l’appellation La Brugeirette, il faut remonter au cadastre napoléonien de Sainte-Sigolène pour retrouver les formes « la brugairetta » et « la brugeairetta ». Celles-ci doivent être considérées comme des attestations de Las Brugeiretas, issue d’une forme plus ancienne Las Brujairetas 2. On a affaire à un mot que la langue occitane ne connait que comme toponyme 3.
On a donc vraisemblablement une première forme occitane Las Brujairetas, devenue Las Brugeiretas, reconnaissable dans la forme partiellement francisée La Brugeirette de la carte de 1959, ou Brugerettes du recensement de 1851. Les Bruyerettes correspondent, quant à elles, à une francisation complète.
La présence de la forme Brugeiretas à Sainte-Sigolène est inattendue : compte tenu de l’identité linguistique locale, on s’attendrait plutôt à Brüeiretas. Brugeiretas témoigne donc de l’adoption d’une forme occitane à portée plus large. La toponymie sigolénoise fournit d’autres exemples de ce type, ceux-ci sont proches de Reveyrolles :
Ces occurrences suggèrent que l’ensemble de la paroisse aurait adopté trois formes a priori extérieures à son identité occitane vivaroalpine.
Plusieurs éléments tendent toutefois à relativiser la portée de cette adoption: le nom de famille Bruyere, bien connu à Sainte-Sigolène, semble avoir une origine locale ou issue des environs immédiats ; or ce nom était connu sous une forme partiellement francisée, Brueyre 6, laquelle témoigne de Brüèira. D’autre part, les autres lieux voisins de la paroisse sont toujours désignés par des variantes de La Brüèira. 7
- Archives départementales de la Haute-Loire : carte du ministère de la construction de 1959
Pour le recensement de 1851, c’est Brugerettes ↩︎ - Le passage de Brujaireta à Brugeireta étant à situer au 13e ou 14e siècle. ↩︎
- Le domaine sud occitan a Brugaireta, diminutif de Bruguèira/Bruguièra ↩︎
- Las Brugeyras, cadastre napoléonien de Sainte-Sigolène, section D parcelle 217 ; mais La Bruyeras en parcelles 225 et 226 ↩︎
- Le Bruger ↩︎
- Exemple : acte de naissance de Pierre, fils de Jacques Brueyre et Anne Saby, marraine Marie Brueyre.
L’acte porte cependant une signature Bruyere.
Sainte-Sigolène ; 1692-1734 ; Baptêmes ; Mariages ; Sépultures ; E-dépôt 119/2 ; page 198, en 1716
https://www.archives43.fr/ark:47539/s00523ad26b9027d/523ad36e09ffa.fiche=arko_fiche_61657c15ed3ac.moteur=arko_default_616fd22b91d20
↩︎ - Quelques exemples : La Brueire de Saint-Pal en 1670, 1672, etc ; La Brueyre de Lapte mentionné à Sainte-Sigolène en 1692 ; La Brueyre de Saint-Jeures mentionné à Sainte-Sigolène en 1708 . ↩︎